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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 06:55

Des tourbillons, des mondes, des années,

des flores de solstices et de mémoire,

des siècles par silos, des forêts mortes,

dont les magmas d'étoiles se dispersent,

des meules bleues de gerbes galactiques

et le temps sourd et la nuit s'alourdit.

Un astronef se perdit dans l'espace:

on dit qu'il fut sur Mars au premier jour

et qu'il mourut de lui rendre la vie.

Parfois, rôdant sur les routes stellaires

où nul vaisseau jamais ne se risqua,

loin de nos ports martiens nous guettons

la fabuleuse étincelle qui brûle

ainsi qu'un feu de saint-elme à la mâture

des nuits d'éclipse. Incandescence noire

d'un météore emprisonnant des hommes,

pulsation qui garde son secret

mais nous parvient au-delà de tant d'ombre,

braise d'un songe encore sous la cendre,

signe de vie, salamandre des âges

qui fuit et naît de soleil en soleil.

 

L'opéra de l'espace. Collection Blanche

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 08:40

Laisse ici ton bagage d'espoirs,

De peurs secrètes, de ténèbres,

Tes oripeaux d'enfance, tes ferveurs,

Et tous les morts qui t'accompagnent

De leurs paisibles voix aimées.

Tu dois poursuivre seul,

Lourd de tes mots, de tes silences,

Sans autre recours que ton dénuement,

Pour mesurer ta vie

A l'abandon des êtres et des rêves,

Pour que ton âme s'illumine

De ce qu'elle a quitté.

 

Ce qui est écrit sur la pierre

Ne t'apprend rien que tu ne saches.

Méfie-toi de ces mots qui voudraient

Te parler de toi. Ils sont leurres.

Ce qu'ils cherchent à dire

Demeure en deça des paroles.

Fouille en toi plus profond,

Jusqu'à cette lueur qui tremble

En ce miroir embué de ténèbres

Où ton visage dort encore.

Ne désespère pas, tout est si proche,

Ta lumière ici fait silence.

 

Toutes les routes sont promises

A qui les rêve sans les voir.

L'une s'ouvre à tous les voyages,

L'autre avec toi s'enfonce au coeur du temps,

La troisième fait don d'une enfance

A celui qui n'en avait plus,

Une autre encore à l'errance t'incite

Vers une terre en friche où naisse enfin

L'espoir sous la parole et toute paix

Dans le regard des hommes.

Tu t'inventes, les yeux fermés,

Le seul chemin qui ne mène qu'à toi.

 

Ce que le monde te raconte,

Préserve-le comme un secret

Scellé sous l'écorce de la chair.

Au fond de tes yeux veille encore

L'innocence du premier regard.

Chaque syllabe en toi fait don

De sa lumière au jour qui la suscite

Et, d'un souffle, renait pour mourir

D'une autre vie, d'alle-même jaillie.

L'été, la nuit, tout t'habite à jamais,

La neige, le galet, l'oiseau perdu

Et cette flaque où le ciel nu respire.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 08:36

Mon maître est le peseur de mots,

Il me dit: rien ne vaut la page blanche.

L'encre salit le papyrus.

 

Maître, c'est vrai.

Je sais que mes rouleaux seront poussière,

que mes écrits s'effaceront .

Pourtant mon rôle est de nommer les choses,

qu'elles durent un jour ou dix mille ans.

Je nomme, donc je suis.

Les nommant, je me dis que rien n'existe

mais je crois exister.

 

Mon maître est le vanneur de vent

Il garde les mains vides, il secoue

la poussière de ses souliers.

Jamais il ne s'arrête, en aucun lieu

ne s'établit.

Heureux les pauvres en esprit, dit-il, et:

tiens-toi prêt.

 

Seigneur, je l'ai toujours été.

Moi qui reste attaché

à tout, comme la chèvre à son lopin de terre,

tu sais que, pourtant, je suis prêt.

Je te suivrai quand s'ouvrira la porte.

 

Je viens d'avant le souffle du commencement.

Je n'aurai pas de fin.

Je, c'est-à-dire

le principe qui m'anime

et qui poursuivra

le voyage en me quittant.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 09:46

O VOUS TOUS, LES BANNIS du

monde!

Notre langue est mêlée de sources et d'étoiles

Comme la vôtre.

Vos lettres sont notre chair.

Nous les ligrants vers les hauteurs

Nous vous reconnaissons-

Ô vous les bannis du monde!

Aujourd'hui l'humaine bîche fut pendue à nos branches

Hier dans la clairière le chevreuil laissa

l'éclat des roses à l'entour de notre souche

L'ultime peur de vos pas s'éteint dans notre paix

Nous sommes la grande aiguille des ombres

Que fait tourner le chant des oiseaux-

Ô vous tous les bannis du monde!

Nous pointons vers un secret

Qui commence avec la nuit

 

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 09:36

Le chevalier de l'éternelle jeunesse

Suivit, vers la cinquantaine,

La raison qui battait dans son coeur.

Il partit un beau matin de juillet

Pour conquérir le beau, le vrai et le juste.

Devant lui, c'était le monde

Avec ses géants absurdes et abjects

Et sous lui c'était la Rossinante

Triste et héroïque.

 

Je sais,

Une fois qu'on tombe dans cette passion

Et qu'on a au coeur un poids respectable

Il n'y a rien à faire, mon Don Quichotte, rien

Il faut se battre avec les moulins à vent.

 

Tu as raison,

Dulcinée est la plus belle femme du monde

Bien sûr qu'il fallait crier celà

A la figure des petits marchands de rien du tout

Bien sûr qu'ils devaient se jeter sur toi

Et te rouer de coups,

Mais tu es l'invincible chevalier de la soif

Tu continueras à vivre comme une flamme

Dans ta lourde coquille de fer

Et Dulcinée sera chaque jour plus belle.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 09:33

Je me sens pareil

Au premier lourdaud

Qu'encore émerveille

Le moindre jet d'eau

 

Les gens de ma sorte

Il en est beaucoup

Savent-ils qu'ils portent

Une pierre au cou

 

Un destin banal

Une âme blessée

Comme un vieux journal

Un veston froissé

 

Pour eux les miroirs

C'est le plus souvent

Sans même s'y voir

Qu'ils regardent dedans

 

Ils n'ont pas le sens

De ce qu'est leur vie

C'est une innocence

Que je leur envie

 

Il m'a fallu naître

Et mourir s'en suit

J'étais fait pour n'être

Que ce que je suis

 

Une saison d'homme

Entre deux marées

Quelque chose comme

Un chant égaré

 

ô vague aventure

Par hasard courue

Un bruit de voiture

Au bout de la rue

 

Tant pour le plaisir

Que la poésie

Je croyais choisir

Et j'étais choisi

 

Je me croyais libre

Sur un fil d'acier

Quand tout l'équilibre

Vient du balancier

 

Au bout de mon âge

Qu'aurai-je trouvé

Vivre est un village

où j'ai mal rêvé.

 

 

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 08:01

Homme qui que tu sois

Tu n'emporteras rien

Avec toi

 

Tel un fleuve devenu craintif

La vie s'en va vers son destin

La nuit est peuplée de bougies

Le vent n'est plus qu'un clandestin

 

Le soleil ne sait pas

Le soleil ne sait pas

Que la nuit

Que la nuit

Va répondre

Va répondre...

 

Mais les peintres

Les musiciens

Les poètes

Ont des réponses de soleil

 

Soudain libéré, je m'élevais

Je m'élevais hors du vivant et du réel

Dansles étangs martyrisés du ciel

L'ascension tourbillonnante

Parmi les damnés de la vie

Dare dare vers les étoiles...

 

Je montais montais montais

Sous moi la terre chavirait

Enlisée dans sa solitude

 

Je revivais l'absolu des imperfections

Qui nous conduit à n'être plus que des esclaves

 

Mais mon visage de chair était encore vivant!

Je n'étais plus rien que moi-même

Face à cette vérité qui me torture:

 

Je souffre en ma santé des maladies humaines

Du refus d'un miracle sous le toit de mes mains

De n'être en ce bourbier que peine entre les peines

 

Que ne puis-je renaître à l'aube

Tel un soleil qui se souvient

De s'être enfoncé dans la nuit.

 

 

 

 

 

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 07:58

Arbres vous m'habillez bien mieux que les cotons

O sang de mon amour j'ai les riches étoffes

Le soleil les coteaux de la mer sur mon front

Et je m'en vais dans le ciel clair car je suis sauf

 

Il ne me reste rien des vanités terrestres

Pas même un livre ouvert un verre à moitié plein

Dans la chambre du fond le portrait de mon père

Ces vitres où l'oiseau venait offrir naguère

En tentation son aile et son pouvoir marin

 

Je suis dans le printemps comme au premier automne

Espérant les blondeurs venimeuses du blé

N'accordant d'attention qu'aux guêpes qui bourdonnent

Doucement dans mon coeur à ces pas dans l'allée

Toujours en marche vers l'Admirable personne

 

 Les glaises sont à moi j'ai aussi les bergers

Pour les conversations nocturnes sous la lampe

Je vogue sur les toits La rame des vergers

Me soulève déjà bien au-dessus des rampes

Théatrales du monde orgueilleux naufragé 

 

Et je partage avec le vent la graine folle

La bonne soupe avec les chiens Avec l'enfant

Le calme bercement végétal d'une épaule

Tout ce qui fait la joie de vivre et son tourment

Par-delà l'étendue nacrée de la parole

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 07:43
Les découvreurs. Louis Brauquier

Ceux qui marchent depuis la naissance du monde,

Les fous, les découvreurs,

Ils n'enverront point vers nous une colombe

Pour rassurer nos coeurs!

 

Tous ceux qui sont partis avec des caravanes

Ceux qui sont partis seuls

Et se sont enfoncés dans l'Afrique des sables

Comme dans un linceul;

 

Ceux qui ont remonté le long du fleuve jaune

L'asiatique orgueil,

Et pourrissent au creux des forêts millénaires

Comme dans un cercueil;

 

Ceux dont la neige et la vie lente des banquises

Ont effacé les pas,

Et qui roulent raidis dans la mer antarticque

Sous les pôles du froid;

 

Tous les navigateurs, les conquérants, les mages

Qui voulurent savoir,

Tous ceux qui ont trouvé des terres au passage

Qu'ils furent seuls à voir;

 

Ceux dont l'inquiétude élevait les voilures

Vers les mers inconnues,

Qui sont partis du port, qui cherchaient , qui vécurent,

Les reverrons-nous plus!

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 07:38

Je n'ai pas de frères de race,

J'ai des frères de condition,

des frères de fortune et d'infortune,

de même fragilité, de même trouble

et pareillement promis à la poussière

et pareillement entêtés à servir

si possible à quelque chose

à quelqu'un , même d'inconnu,

à quelque frère de même portée,

de même siècle, ou d'avenir...

 

Je n'ai pas de frères de race,

ni de religion, ni de communauté,

pas de frère de couleur,

pas de frère de guerre ou de combat,

je n'ai que des frères de Terre  

secoués par la galère

des espoirs et désespoirs

des mortels embarqués, 

des frères de rêves partagés

et de peurs trop communes. 

 

Je n'ai pas de frères de race, 

j'ai des frères de condition, 

bien différents et très semblables,

d'ailleurs terriblement interchangeables

dans l'égoïsme

ou dans la compassion...

Des frères tout pétris de l'envie

de partager leur solitude avec le pain

et parfois le bonheur insigne

d'apprendre ensemble à dire non ...

 

Je n'ai pas de frères de race,

mais des frères dans le refus

de n'être qu'un passant 

des frères par l'art et le chant,

et l'énergie déployée chaque jour

à tenir tête au néant .

Des frères à travers les âges

la géographie et les frontières -

et qui sait même, au-delà de l'espèce,

peut-être un frère en tout vivant .

 

Michel Baglin . Un présent qui s'absente. Editions Bruno Doucey

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