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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 05:00

Je vis, je meurs: je me brule et me noie,

J'ai chaud extrème en endurant froidure

La vie m'est et trop molle et trop dure,

J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

 

Tout en un coup je ris et je larmoie ,

Et en plaisir maint grief tourment j'endure

Mon bien s'en va, et à jamais il dure

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

 

Ainsi Amour inconstamment me mène

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser, je me trouve hors de peine.

 

Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être en haut de mon désiré heur,

Il me remat en mon premier malheur.

 

Louise Labbé

 

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 05:00

Sous le pont mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

L'amour s'en va comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'espérance est violente

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé ni amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

Guillaume Appolinaire.

 

 

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 05:00

Il y avait une femme

au milieu de la terre,

si rongée de mystère

qu'on la prenait pour un fruit pouri.

Et les hommes la piétinaient

pour lui arracher ses rêves;

tiède jus échappé des lèvres

que le sol à pleine bouche buvait.

Laisserai-je voguer un fruit pourri

dans sa saison de grande peine

avec ses cris de mort-né?

Il y avait une femme

aux contours de musique,

marguerite au halo d'or

confondue avec la lune.

Au réveil-en aurai-je le coeur net?-

effeuillée pour se distraire

au contact de mille doigts.

Et j'attendais son message

comme aux plus beaux jours de la vie.

Rien ne vint. Nul ne sut que j'étais vivre

de me mirer dans le lac

où l'oiseau abattu reposait.

Comment la nuit fait-elle à suivre

le mal que je nourris au secret?

Elle me livre comme un prisonnier

poings liés au désespoir.

Tant de larmes ont coulé depuis.

La nuit dévore ceux-là seuls qui tombent.

Il y avait une femme

sur le chemin pierreux du soir

qui ne voulut jamais dire son nom

mais qui s'appuyait à mon épaule

et parlait d'avenir.

J'ignorais son visage.

Je ne me souviens que de ses lèvres

tant il ya vait dans l'air

d'étranges insectes lents

qui ressemblaient à des grains légers de riz.

Il y avait une femme

qui riait sur mon épaule

et j'étais comme un arbre

emporté par l'oiseau.

Je ne sais plus où je vais

Le temps des fleurs est consommé.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 05:00

On sort et on entre

On entre et on sort

On change de ventre

C'est là notre sort.

 

Maternelle terre

Ventre maternel

Ô double lumière

De notre tunnel

 

De ventre je change

L'un l'autre m'aimant

Le dernier nous mange

Maternellement

 

D'une nuit en route

Vers une autre nuit

La joyeuse voute

Trompe notre ennui

 

Trop de solitude

Ne m'a pas oté

Ma vieille habitude

De l'éternité.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 05:00

Je crois en toi

Visage parmi les pierres veinées de soie

Le plus seul avec son courage

Le plus près de la terre

Sous sa taie de soleil

Tu glisses avec les algues de douceur

Entre les rameaux blancs les mains

L'humus découvert des saisons

Tu portes sur le front le tatouage des tempêtes

Les stigmates du fleuve

Derrière toi il y a tout un passé qui s'ouvre

Une enfance incertaine

Le meilleur de toi-même que tu croyais perdu.

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 05:00

Le désespoir n'a pas d'ailes,

L'amour non plus,

Pas de visage,

Ne parlent pas,

Je ne les regarde pas,

Je ne leur parle pas

Mais je suis bien aussi vivant

Que mon amour et mon désespoir.

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 05:00

Je suis de bois, mes mains et mon visage.

De bois je suis, oui, de dur coeur de chêne,

Oeuvre gauche d'un sculpteur malhabile

Mais les forêts frémissent dans mon coeur.

 

Je suis léger jusqu'au bout de mes branches,

Mal équarri du torse et lourd du tronc.

Mais des oiseaux y peuplent mes dimanches,

Les vents y font virer leurs escadrons.

 

Arbre perdu dans les futaies humaines

Où la cognée bat parfois sourdement

Arbre pleurant ses lyres incertaines,

Arbre immobile en la forêt dormant,

 

Ecartelé d'incessantes tempêtes,

Indifférent au souffle chaud des bêtes,

Aveugle et sourd aux sources dans la mousse,

Déjà prêt pour sa chute ténébreuse,

 

Déjà paré pour son éternité.

 

Maurice Fombeure

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 08:17

Athanordespoetes-1ecouvJacques Viallebesset a l'immense plaisir d'être , au milieu de quelques cent -vingt poètes et poétesses , présent dans "L'athanor des poètes", l'anthologie 1991-2011 réalisée par Danny-Marc et Jean-Luc Maxence. Vingt ans de recherche, de travail, de découvertes menés de manière obstinée pour défendre, dans l'indépendance et hors des chapelles, des a-prioris, des idées toutes faites LA poésie, sous ses multiples facettes.C'est un kaleîdoscope bariolé qui est ainsi offert par Les cahiers du sens et Le nouvel athanor.Quelle meilleure preuve que cette anthologie pour montrer , à travers ses divers courants, que la poésie est "bien vivante". Loin des institutions, elle court de bouche à oreilles, elle s'infiltre, elle innerve tout ce qui bruisse, frémit, pense, vit. Grand merci à Danny-Marc et Jean-luc Maxence de m'honorer ainsi...

 

L'athanor des poètes.

Editions Le nouvel athanor.

266 pages. 20 E TTC.

en vente en librairie.

Diffusion Soleils

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 05:00

Ma femme à la chevelure de feu de bois

Aux pensées d'éclair s de chaleur

A la taille de sablier

Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre

Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquets d'étoiles de dernière grandeur

Aux dents d'empreinte de souris blanche sur la terre blanche

A la langue d'ambre et de verre frottés

Ma femme à la langue d'hostie poignardée

A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux

A la langue de pierre incroyable

Ma femme aux cils de bâton d'écriture d'enfant

Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle

Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre

Et de buée aux vitres

Ma femme aux épaules de champagne

Et de fontaines à têtes de dauphins sous la glace

Ma femme aux poignées d'allumette

Ma femme aux doigts de hasard et d'as de coeur

Aux doigts de foins coupés

Ma femme aux aisselles de martre et de fênes

De nuit de la Saint-Jean

De troène et de nids de scalares

Aux bras d'écume de mer et d'écluse

Et de mélange du blé et du moulin

Ma femme aux jambes de fusée

Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir

Ma femme aux mommets de moêlle de sureau

Ma femme aux pieds d'initiales

Aux pieds de trousseaux de clefs aux pieds de calfats qui boivent

Ma femme au cou d'orge imperlé

Ma femme à la gorge de val d'or

De rendez-vous dans le lit même du torrent

Aux sens de la nuit

Ma femme aux seins de taupinière marine

Ma femme aux seins de creuset du rubis

Aux seins de spectre de la rose sous la rosée

Ma femme au ventre de dépliement de l'éventail des jours

Au ventre de griffe géante

Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical

Au dos de vif argent

Au dos de lumière

A la nuque de pierre et de craie mouillée

Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire

Ma femme aux hanches de nacelle

Aux hanches de lustre et de pennes de flèche

Et de tiges de plumes de paon blanc

De balance insensible

Ma femme aux fesses de grès et d'amiante

Ma femme aux fesses de dos de cygne

Ma femme aux fesses de printemps

Au sexe de glaïeul

Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque

Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens

Ma femme au sexe de miroir

Ma femme aux yeux pleins de larmes

Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée

Ma femme aux yeux de savane

Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison

Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache

Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu.

 

 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 05:00

Sur mes cahiers d'écolier

Sur mon pupitre et sur les arbres

Sur le sable de neige

J'écris ton nom

 

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J'écris ton nom

 

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l'écho de mon enfance

J'écris ton nom

 

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées

J'écris ton nom

 

Sur tous mes chiffons d'azur

Sur l'étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante

J'écris ton nom

 

Sur les champs sur l'horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J'écris ton nom

 

Sur chaque bouffée d'ambre

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J'écris ton nom

 

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l'orage

Sur la pluie épaisse et fade

J'écris ton nom

 

Sur les sentiers éveillés

Sur les outes déployées

Sur les places qui débordent

J'écris ton nom

 

Sur la lampe qui s'allume

Sur la lampe qui s'éteint

Sur mes raisons réunies

J'écris ton nom

 

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mes maisons réunies

J'écris ton nom

 

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J'écris ton nom

 

 

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J'écris ton nom

 

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni

J'écris ton nom

 

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attendries

Bien au-dessus du silence

J'écris ton nom

 

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J'écris ton nom

 

Sur l'absence sans désir

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J'écris ton nom

 

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l'espoir sans souvenir

J'écris ton nom

 

Et par le pouvoir d'un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer.

 

Paul 2luard

 

 

 

 

 

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  • : L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
  • L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
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