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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 08:08

Ils n'existent pas, les poètes

Ils naissent sans cesse

Et surgissent sans prévenir

De la glaise du poème.

 

Qui est-il cet autre qui nous rêve?

 

Ils vont chercher de par le monde

Eux, les poètes

La terre creuse et désoeuvrée.

 

Une chimère défigure la Parole perdue

Et le poète entame son pélerinage

Un désert noir fond sur les blés

Et le poète l'arrête d'un cri d'enfant

 

Qui sait la lettre qui ouvrira la lucarne?

 

Il y a un être entier dans la paume de nos mains

Et nous ne voyons rien

Ou si peu-

                 les poètes 

 

Matthieu Baumier . Le silence des pierres. Editions Le Nouvel Athanor.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 07:41

Désapprendre. Déconditionner sa naissance. Oublier son nom. Etre nu.

Dépouiller ses défroques.Dévêtir sa mémoire.Démodeler ses masques.

Déchirer ses devoirs. Défaire ses certitudes. Désengranger ses doutes.Désemparer son être.

Débaptiser sa source. Dérouter ses chemins. Défeuiller ses désirs.Décharner ses passions.

Désacraliser les prophètes. Démonétiser l'avenir. Déconcerter l'antan. Décourager le temps.

Déjouer la déraison. Déflorer le délire. Défroquer le sacré. Dégriser le vertige.

Défigurer Narcisse. Délivrer Galaad. Découronner Moloch. Détroner Léviathan.

Démystifier le sang. Désencombrez votre âme. Déséchouez vos échecs. Désenchantez le désespoir. Désenchainez l'espoir.

Désamorcez vos peurs. Désarrimez vos coeurs. Désespérez la mort.

Dénaturez l'inné. Désincrustez l'acquis. Désapprenez-vous.

Soyez nu.

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 09:20

Je ne cherche pas d'images dans les songes

mais dans l'inconnu du monde,

aux rives de la terre et en tous lieux inhabités,

aussi bien sous le ciel millimétré des almagestes

que près des récifs de vieux portulans

même si mes regards et mes pas sont d'abord accordés

aux grandes dépressions de sable, d'herbe ou de neige.

 

Chaque tracé porte mes caravanes

qui vont interminablement d'égarements en bivouacs

pour oublier le but et se mettre à distance,

sans épices, sans houppelande ni porcelaine ni encens;

un jour elles sont en Judée chargées de manuscrits

ou bien près du Rio Grande aux portes d'Albuquerque

avec des caisses de bières et des caisses de fusils.

 

Il n'est pas de parcours étroit

dans un atlas qui met le centre aux pôles

aux sources du Gange, au coeur de l'Amazone;

lignes, courbes, chiffres, latitudes, longitudes

n'ont plus souci du labyrinthe à sens unique

avec sortie par le guichet d'immigration,

la vie est dans les marges et tout est no man's land.

 

Une carte dépliée, c'est Byzance

à deux battements de cils de Novgorod,

c'est les îles de la Sonde sous le vent des Marquises,

un cavalier qui passe à gué de Cadix à Tanger,

C'est Katmandou, Lhassa, Srinagar, Dehra Dun,

Yarkand, Kaza, Keylong, Bénarès, Darjeeling

sous l'empire espéré d'un Kanisha troisième du nom.

 

Je fais tourner le globe et garde la tête chaude,

quel raid nous allons mener Gengis!

quelles merveilles nous allons conter Messire Polo!

quelle chimère nous allons forcer plus à l'Est Csoma!

partout nos courses à l'estime sont exactes

nous avons nos chamans, la science du vide au ras du sol

et ces zones sans fin où ranimer nos âmes mortes.

 

La route va où elle veut

et je ne déroute que moi par instinct ou caprice

comme on prend le premier train qui part

le premier bus qui klaxonne au matin

le premier bateau qui frémit au bout de l'embarcadère,

comme on s'offre un nouveau destin sur le papier

et la chance d'être plus que soi, ailleurs.

 

 

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 10:10
La secrète évidence. Charlotte Colas

Si une seule fois nos pas pouvaient se déporter

De la désillusion d'avoir

Au prodige d'exister...

Si nos rêves pouvaient se baigner

Aux sources de toute chose

Ame en cils et paupières closes

La cécité humaine tressaillirait-elle

Au dodelinement joyeux de l'herbe sous la pluie

Aux tambours de la traversée du vivre

A l'étonnement des bourgeons du printemps

Quand l'hiver dépose son caban ?

 

Mais nous restons suspendus à des cimes de chimère

Nos talons désancrés par des quêtes à revers

Vers l'insaisissable du ciel

Jamais dans ce qui nous a été enlevé

L'originelle innocence

Le goût sucré de la violette sur nos langues

Le regard nouveau-né

Le jus d'une pomme croquée

La secrète évidence

De l'impénétrable à portée.

Charlotte Colas

Poème inédit . Tous droits réservés.

 

 

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 10:08
Le vin mordu. Luc Bérimont

à René-Guy Cadou

 

De bas brouillards tremblaient aux vallées de l'automne

Les chiens jappaient sans fin sur le bord des ruisseaux

On entendait rouiller leurs abois dans l'écho

A des lieues et des lieues, sur des pays sans borne.

 

Le vent sentait la pierre rêche et le gibier

Il était dur et vif nous trancher la gorge.

Nous nous hâtions vers quelque grange dont le porche

Offrait déjà l'abri à des coqs qui chantaient

 

Lorsque, sur le revers d'un coteau, nous trouvâmes

La jaune, apaisante caresse des raisins:

Bien à l'écart du vent, des grappes plein les mains

Nous bûmes longuement, renversés sur la flamme.

 

 

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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 08:12
Epicentre. Catherine Smits

Assise à l'ombre vacillante de moi-même

J'égrenais le malheur dans des jours d'ébène

Tu es venu poser des éternités bleues

Lumières chatoyantes sur le voile de mes yeux

 

Sur l'échiquier brisé dans les ondes du temps

J'étais poupée sans fil sur les nuages au vent

Tu es venu suspendre des guirlandes de vie

Dans un pays sans nom où il ne fait plus nuit

 

Perles de lave coulant sur mon masque de mime

Je cherchais l'épicentre dans mes sables intimes

Tu me libères des chaines de mes saisons usées

Tu m'emmènes aux lisières connues des initiés

 

Dans un obscur silence où grondait le tonnerre

Je coloriais des rêves à l'encre de ma fièvre

Tu es venu tatouer ma peau de pollen d'or

Elixir invisible sur les plaies de mon corps

 

Tes baisers mimosa m'entrainent dans une danse

Je retrouve mon souffle après une longue errance

Tes caresses de velours épousent mes chagrins

Sur l'autel de l'Amour mes doigts enlacent les tiens .

 

Poème inédit.

Tous droits réservés . Ne peut être reproduit sans autorisation de l'auteur .

Epicentre

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 09:27

Nous n'oublions rien des moissons lourdes

Des plaines brûlées du long désir

Noué aux vignes des sarments rouges

De la chair des pollens de lumière

Autour des épaules des visages

Tendus vers une crête invisible

Nous sommes la mémoire du vent

Qui s'épuise au chevet de l'hiver

Quand vous ne songez plus qu'au silence

Où disparaissent même les noms

Des plus aimés de leurs plus beaux songes

Même cette paume sur la nuque

A la croisée des routes les peurs

Et leurs aveux débordant les ombres.

 

Extrait de Belles saisons obscures . Editions Arfuyen 2012

 

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 09:24
J'arrive où je suis étranger.Aragon

J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière

D'où viens-tu mais où vas-tu donc

Demain qu'importe et qu'importe hier

Le coeur change avec le chardon

Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur la tempe

Touche l'enfance de tes yeux

Mieux vaut laisser basses les lampes

La nuit plus longtemps nous va mieux

C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne

Mais l'enfant qu'est-il devenu

Je me regarde et je m'étonne

De ce voyageur inconnu

De son visage de ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence

Mais pas assez vite pourtant

Pour ne sentir ta dissemblance

Et sur le toi-même d'antan

Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte

Le sable en fuit entre nos doigts

C'est comme une eau froide qui monte

C'est une honte qui croit

Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose

C'est long de renoncer à tout

Et sens-tu les métamorphoses

Qui se font au-dedans de nous

Lentement plier les genoux

ô mer amère ô mer profonde

Quelle est l'heure de tes marées

Combien faut-il d'années-secondes

A l'homme pour l'homme abjurer

Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre

Rien comme être n'est passager

C'est un peu fondre comme le givre

J'arrive où je suis étranger

 

Louis Aragon

 

 

 

 

 

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 07:17

Je ne suis fils de personne

Je ne suis d'aucun pays

Je me réclame des hommes

Qui aiment la terre comme un fruit

 

Au gré de l'amour

J'aimerais m'abandonner

Au rythme des jours

Et des nuits dévoilées

J'aime le goût d'écume

La saveur des embruns

La douce amertume

Des brumes du matin

 

Reverrai-je encore l'automne

Le temps des grandes marées

Puis l'hiver où tout frissonne

Puis un printemps puis l'été

Toutes saisons pour aimer

 

Au gré de l'amour

Peut-on s'abandonner

Quand on se souvient

Ce que sera demain

Contre les humains

Qui s'aiment dans leur coin

Les forêts d'acier

Fleurissent de barbelés

 

Sommes-nous si peu de choses

Des insectes trop petits

Ne sommes-nous donc plus des hommes

Pour nous laisser faire ainsi

Est-il encore temps d'aimer

 

Au gré de l'amour

J'aimerais m'abandonner

Dans un lit de sable

Par les vagues bordé

Sous le grand soleil

Avant d'être glacé

Au bruit des abeilles

Vivre le temps d'aimer

 

Reverrai-je encore les neiges

Les feuilles mortes s'envoler

Laissez-moi me prendre au piège

Du doux plaisir d'exister

Laissez-moi le temps d'aimer

 

Je ne suis fils de personne

Je ne suis d'aucun pays

Je me réclame des hommes

Qui aiment la terre comme un fruit

 

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 07:09

ô dive joie

Tu es venue

Toi la sans sommeil

La nubile

Poser sur l'arc en ciel

Tes breloques dociles

Et sur le ciel soucieux

L'alphabet de l'oubli

 

Ô dive joie

Je t'attendais

Depuis l'aube des temps

Je t'attendais

Sur le perron d'enfance

Sur la ville courroucée

Sur la prime fenêtre

Dur le verbe édifiée

Au plus près de sa source

 

Ô dive joie

Ma constellée

Ma palme

Lorsqu'il m'est apparu

Paré de mille flammes

A la charnière avide

Où se dissout la nuit

Lui

Sur le mascaret

Flamboyant de la vie

J'ai cru mourir et naître

Sous le feu de son âme

 

ô dive joie

Tu es venue

Toi la sans sommeil

La nubile

Poser sur l'arc-en-ciel

Ton alphabet docile

Et sur le ciel soucieux

Tes breloques d'oubli

 

 

Sylvie Mehaut est l'auteur d'"Immanences" ( Prix Heredia 2010 de l'Académie française) et de " Vent de lune" . Editions Atlantico. son blog www.sylviemeheut.com

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  • : L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
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  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
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