Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 07:35
Les poètes . Aragon

Je ne sais ce qui me possède 

Et me pousse à dire à voix haute 

Ni pour la pitié ni pour l'aide

Ni comme on avouerait ses fautes 

Ce qui m'habite et qui m'obsède 

 

Celui qui chante se torture 

Quels cris en moi quel animal

Je tue ou quelle créature 

Au nom du bien au nom du mal 

Seuls le savent ceux qui se rurent

 

Machado dort à Collioure 

Trois pas suffirent hors d'Espagne

Que le ciel pour lui se fit lourd 

Il s'assit dans cette campagne 

Et ferma les yeux pur toujours

 

Au dessus des eaux et des plaines 

Au dessus des toits des collines 

Un plain chant monte à gorge pleine

Est-ce vers l'étoile Holderlin 

Est-ce vers l'étoile Verlaine 

 

Marlowe il te faut la taverne 

Non pour faust mais pour y mourir 

Entre les tueurs qui te cernent 

De leurs poignards et de leurs rires 

A la lueur d'une lanterne 

 

Etoiles poussière de flammes

En Aout qui tombez sur le sol

Tout le ciel cette nuit proclame 

L'hécatombe des rossignols 

Mais que sait l'univers du drame 

 

La souffrance enfante les songes 

Comme une ruche ses abeilles 

L'homme crie où son fer ronge 

Et sa plaie engendre un soleil 

Plus beaux que les anciens mensonges 

 

Je ne sais ce qui m'obsède 

Et me pousse à dire à voix haute 

Ni pour la pitié ni pour l'aide 

Ni comme on avouerait ses fautes 

Ce qui m'habite et qui m'obsède .

 

 

Repost 1
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 07:20
Poème . Jean Lavoué

Nous sommes d'une source 

Qu'aucune pluie n'abreuve 

Mais qui ne tarit pas

 

Nous sommes d'un matin

Arraché à la nuit 

Par un autre soleil

 

Nous sommes d'une origine 

Sans commune mesure 

Sans étoile certaine

 

Nous sommes d'un amour

Aussi vaste que le vent

Aussi nu qu'un désert 

 

Nous sommes d'une communion 

Dont nous sommes le centre 

Et le cercle infini 

 

Nous sommes d'une symphonie 

L'instrument etl'archet 

Et la main qui relève 

 

Nous sommes d'un silence 

Que nul chant nul feuillage 

Ne sauraient contenter

 

Nous sommes d'un chemin 

Sans bornes et sans tracé 

Que visite l'Ouvert  

 

Nous sommes d'une foi 

Sans rives et sans frontière 

Aux doutes traversés 

 

Nous sommes d'une forêt 

Font nous sommes l'aubier 

La racine et la cime 

 

Nous sommes d'une mélodie

Que chaque chant d'oiseau 

Consent à imiter 

 

Nous sommes ces moissons 

Le couvert et le pain 

La table partagée 

 

Nous sommes de ce pays 

Qui nous change à mesure 

Que l'on n'arrive jamais 

 

Nous sommes de cette voix 

Qui murmure notre nom 

Dans le souffle d'un été 

 

Nous sommes de ce printemps 

Dont les branches nous frôlent 

Sans jamais nous toucher 

 

Nous sommes d'une blessure 

Dont le feu couve en nous 

Elargit nos foyers 

 

Nous sommes d'une parole 

Non encore entendue 

Toujours à écouter 

 

Nous sommes pour chacun 

L'eau du puits et le seau 

La margelle où puiser . 

 

Poème inédit 

 

 

 

Repost 1
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 07:40
Amphise . Patrice de la Tour du Pin

Je sortais de moi lentement 

Je fus pris dans un beau vent souple 

Chaud comme un naseau de jument 

Et velouté comme sa croupe 

Et tous les regards forestiers, 

Perles de givre dans les branches 

Ou tapis comme des pervenches 

Me regardaient qui m'éloignais.

Ils m'en voulaient de cette fuite, 

Car j'abandnnais ma forêt

Intime et sourcilleuse et triste 

Pour un beau vent bien moins secret.

Ils me reprochaient mon envol, 

Leurs yeux me perçaient durement, 

Mais le vent baissa jusqu'au sol

Et moi j'ai enfourché le vent...

Celui qui passe les limites 

Des âmes d'hommes interdites

Jusqu'à là par manque d'amour .

Celui qui se gorge d'espace 

Et celui du lit de la Grâce

Dans sa croisière au plus long cours.

Mais comme il emportait au corps

Les relents de toutes contrées,

D'un couo je tirai sur son mors

Et retournai vers ma forêt,

Galopai se plus longue laie

Fis un grand courant d'air doré

Où me suivaient biches et cerfs, 

Tendis les branches violemment,

Entraînai tout dans mon élan , 

Ma forêt qui devenait blonde

Comme le soleil l'animait;

Et j'ai chevauché sur le monde

Porteur de tout ce que j'aimais ...

 

Repost 0
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 08:01
Belles saisons obscures Gérard Bocholier

Nous n'oublions rien des moissons lourdes

Des plaines brûlées du long désir

Noué aux vignes des sarments rouges

De la chair des pollens de lumière

Autour des épaules des visages

Tendus vers une crête invisible

Nous sommes la mémoire du vent

Qui s'épuise au chevet de l'hiver

Quand vous ne songez plus qu'au silence

Où disparaissent même les noms

Des plus aimés de leurs plus beaux songes

Même cette paume sur la nuque

A la croisée des routes les peurs

Et leurs aveux débordant les ombres.

 

Extrait de Belles saisons obscures . Editions Arfuyen 2012

 

Repost 0
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 14:44
Poème indésirable. Armand Robin

On supprimera la Foi 

Au nom de la Lumière

Puis on supprimera la lumière 

 

On supprimera l'Âme 

Au nom de la Raison 

Puis on supprimera la raison 

 

On supprimera la Charité 

Au nom de la Justice 

Puis on supprimera la justice 

 

On supprimera l'Amour 

Au nom de la Fraternité 

Puis on supprimera la fraternité 

 

On supprimera l'esprit de Vérité 

Au nom de l'Esprit critique 

Puis on supprimera l'esprit critique 

 

On supprimera le ens du Mot 

Au nom du sens des mots 

Puis on supprimera le sens des mots 

 

On supprimera le Sublime 

Au nom de l'Art 

Puis on supprimera l'art 

 

On supprimera les Ecrits 

Au nom des Commentaires 

Puis on supprimera les commntaires 

 

On supprimera le Saint 

Au nom du Génie

Puis on supprimera le génie 

 

On supprimera le Prophète 

Au nom du poète 

Puis on supprimera le poète 

 

On supprimera l'Esprit 

Au nom de la Matière 

Puis on supprimera la matière 

 

AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L'HOMME 

ON SUPPRIMERA LE NOM DE L'HOMME 

IL N'Y AURA PLUS DE NOM

 

NOUS Y SOMMES. 

Les poèmes indésirables 

 

 

 

 

Repost 1
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 16:09
La cinquième saison - René-Guy Cadou

S'il faut nommer le ciel je commence par toi 

Je reconnais tes mains à la forme du toit 

 

L'été je dors dans la grange de tes épaules 

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent 

 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang 

Le rideau de ta chevelure qui descend 

 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes 

 

Par l'automne épargné tes yeux sont toujours verts 

Les fleuves continuent de passer au travers

 

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines 

On ne sait plus si c'est le soir ou ton haleine 

 

En hiver tu secous la neige de ton front 

Tu es la tache lumineuse du plafond 

 

Et je ferme au-delà des mers le paysage 

Avec les hautes falaises de ton visage 

 

L'étrave du printemps glisse entre tes genoux 

Lentement le soleil s'est approché de nous. 

 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

 

Je partage avec toi la cinquième saison 

La fleur la branche et l'aile au bord de la maison 

 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d'une caresse. 

 

 

 

Repost 0
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 07:12
Lorsque je serai mort. H. Gougaud

Qu'on me lave de vin lorsque je serai mort

que le sang de la vigne envahisse nos veines

au jugement dernier qu'on amène mon corps

parfumé de raisin de menthe et de verveine

 

 Femme aux plaisirs humains à la sève des fleurs

que ton coeur affamé jamais ne se dérobe

les chemins de l'amour sont ravinés de pleurs

si tu passes par là relève bien ta robe

 

Ne traine pas ta peine à mon enterrement

je n'y veux que sanglots de bonbonne bien pleine

où que j'aille j'irai couronné de sarments

droit comme le cyprès bon comme la romaine

 

Bon comme le festin aux dernières bouchées

bon comme le bon vin à la dernière cruche

et bon comme la nuit où je serai couché

à l'abri des embruns à l'abri des embûches

 

Le temps est une cage elle sera brisée

je prendrai mors aux dents vers l'espace immobile

et je tendrai les bras pour un nouveau baiser

au germe du raisin palpitant sur l'argile

Repost 1
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 15:19
Le marronnier. Lionel-Edouard Martin

Pose ton front contre le coeur 

du marronnier, prête l'oreille 

au trajet de la sève, à cette 

force qui forge 

l'oiselet dans le ciel-du fer 

incandescent crissant

près du soleil-,écoute

le grand dire du bleu:

 

que tout nuage est une feuille, 

feuille aussi l'hirondelle,

jusqu'à cette étincelle

sur les traverses de l'orage, 

jusqu'à l'étoile, 

 

Tout naît de l'arbre et de sa course

à l'aplomb de la terre, 

de son cheminement sans griffes

parmi la lave et le cortex, 

sous le lichen et sous la mousse, 

sous le plumage et sous le derme, 

en telle profusion 

 

que tu ne parles de langage

que le murmure de la branche

et de l'écorce où pulse un verbe 

qui s'émerveille d'être sang. 

 

Lionel-Edouard Martin 

Poème inédit 

 

 

 

Repost 0
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 09:12
La belle étoile. René-Guy Cadou

Sur le clavier du ciel où chantent les étoiles

Lancé sur le trapèze impossible des voiles

Dans la sciure des blés habitée de perdrix

Gagnant le toit la tonte épaisse de la nuit

Tout le jour en danger mais retrouvant des ailes

Pour dépasser le monde obscur la citadelle

Est-ce mon ombre ou la lumière sous la pluie

 

Je ne sais qui je suis prisonnier de ces routes

Avec mon sang qui coule à la mer goutte à goutte

Avec ces larges plaies aussitôt pardonnées

Et mon coeur de plein vent ma grange abandonnée

 

Je vais. J'ai rendez-vous sur le plateau sans âge

Avec de vieux béliers frappés à mon image

Enfin je vais bondir sous les cornes du feu 

 

Rien ne ressemble moins à tes yeux que mes yeux

Homme étrange occupé de besognes terrestres

Qui couvres de limons la blancheur du charnier

 

Jamais tu n'oseras, usant tes propres cendres

Jeter sur le tableau les mots qui font comprendre

Que tout l'amour du monde est à imaginer

Repost 0
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article
17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 08:51
Ils étaient deux. Hugo Von Hofmannsthal

Une coupe au bord de la bouche, 

elle allait d'un si ferme pas

et la main si sûre que pas

une goutte ne se versa

 

Il montait un cheval farouche

Si sûre et ferme était sa main 

que, frémissant au coup de frein 

le cheval s'arrêta soudain 

 

Et pourtant, quand la main légère 

à l'autre main gantée de fer 

cette simple coupe tendit, 

ils tremblaient si fort, elle et lui, 

que les mains ne se rencontrèrent

et le vin noir se répandit . 

Repost 0
Published by Jacques Viallebesset - dans Mes poètes et poèmes préférés
commenter cet article

Présentation

  • : L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
  • L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
  • Contact

L'atelier des Poètes

logo-atelier-poetes-color-web-4

Recherche

Le Recueil Édité :