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Amour et poésie, quand ils sont conçus

Comme fins et moyens du vivre,

Donnent plénitude de sens au « vivre pour vivre »

Edgar Morin


JT22239 B

 

Tout poème est une tentative vraie de dire à l’autre et aux autres …L’ami Jean Cocteau, magicien des mots et des images, disait : « je ne sais lequel est le plus poète, de celui qui écrit ou de celui qui lit ». En ce sens, ces pages sont un miroir tendu vers vous,  le miroir que je tends à elle, celle à qui ils sont dédiés et de qui ils sont nés.

 

Votre regard, lectrices et lecteurs,  son regard, posés dans le blanc entre les lettres, seuls, peuvent faire naître dans cet intervalle et dans celui entre la page et l’œil, de la signification et créer du sens. Si tel est le cas, il y a là une parole neuve : « au commencement était le Verbe » est-il dit … L’ami Louis Aragon, lui, a écrit : « Les mots sont des oiseaux tués ». M’en voudrez-vous beaucoup  si je tente de leur redonner des ailes ? 

 

Vivre poétiquement, ce n’est pas seulement pratiquer  une conversion du regard ou même faire un pas de coté quoique cela change déjà la perspective,

c’est avoir gardé ou retrouvé le regard étonné et émerveillé que porte l’enfant sur les êtres, le monde et l’univers. « Il y a quelque chose qui fait que l’on a trop tôt quitté l’enfance et que l’on n’oublie jamais » a écrit l’ami René-Guy Cadou. Pour celles et ceux qui n’ont pas définitivement tué cet enfant en eux, vivre poétiquement, c’est prendre la main de ce dernier qui est enfoui au profond de leur ventre  et lui  permettre d’accéder à la conscience et à la lucidité adultes. Cet acte n’est pas régression, il est résurrection de soi.

 

« Vivre poétiquement »  est donc cet acte créateur de renaissance de soi pour tenter de faire de sa vie la « belle aventure », à défaut d’en faire un chef-d’œuvre au sens des artisans compagnons du Devoir. C’est, non seulement être attentif et attentionné à cette intelligence sensible qui cherche à s’exprimer en chacun de nous mais c’est aussi vouloir la porter au plus haut de soi, la conscience et la lucidité puis, ensuite, vouloir la vivre, pleinement en la partageant avec celles

et ceux seuls qui, comme soi, participent de  cette même démarche.

 

Dans cette connaissance consciente de la primauté impérieuse du vivant, il y a une idée de naissance ; ainsi « connaître », c’est « naître avec ». C’est se connaître. Ensuite, et ensuite seulement, on peut se faire reconnaître des autres et les reconnaître, être reconnu de l’autre et le reconnaître.

 

« Il appartient à chacun de découvrir en lui le point d’assemblage où le vivant, se concentre. De la gravitation universelle où le vouloir-vivre se manifeste nous ne ressentons le plus souvent que le déséquilibre et la rupture ; » ne cesse de clamer dans le désert de ce monde l’ami Raoul Vaneigem depuis quarante ans. Il rajoute : « la vie est courte et nos désirs sans fin. » C’est vous dire l’urgence qu’il y à avoir ce désir conscient, c’est-à-dire cette volonté, de se créer une destinée, de jouir de soi et du monde, de rechercher en chaque plaisir la plénitude et de le partager avec celles et ceux seuls qui, ayant la même « connaissance » peuvent se reconnaître, avec celle ou celui qui peut nous reconnaître …membres donc de cette confrérie des « nobles voyageurs » n’ayant que la générosité de leur cœur à donner  en amour et en amitié, donc poétiser.

 

Poétiser, c’est vouloir capter le bruissement ou le palpitement des cœurs vivants qui battent à l’unisson du rythme du cosmos. Poétiser, c’est vouloir traduire cette sensation, ce sentiment, ce désir , cette attention , cette pensée, cette conviction à travers des images comme l’ami peintre Jérome Toret le fait ici et maintenant avec moi dans ce dialogue où les mots interpellent les images ou y répondent , ce qui signe la résonnance et la concordance du vivant . Poétiser, c’est vibrer en laissant le chant tzigane de l’amie Rom Phari Mamo pénétrer chacune des particules de mon corps en étant au diapason du vent des steppes en même temps que de la musique des astres.

 

Etre éveillé et pas seulement être en état de veille : vivre et non pas être vécu ; vivre et ne pas seulement survivre. Vivre pleinement ou plus exactement sur-vivre, c’est-à-dire s’accomplir. Etre et ne pas seulement exister…

 

Ne vous étonnez pas donc pas que si on vagabonde et nomadise dans le vouloir-vivre poétiquement, cela laisse forcément quelques traces de pas sur la neige blanche de la page et sur la neige noire du temps immobile.

Cet intervalle, ce vide, ce creux  entre celui qui écrit et celui qui lit est la seule demeure du dialogue vrai, de l’Amour vrai ; il est le seul désert ou les nomades que nous sommes tous peuvent se réunir autour d’un feu hospitalier.

 

Ces pauvres mots maladroits ne sont pas là pour combler le vide. Ils existent, gravés à jamais sur la page blanche et dans l’éternité du temps immobile, pour dire la succession renouvelée d’un  instant unique et éternel.

Cet instant du vivre à pleins poumons. La vie est ici et maintenant, chaque jour . La vraie vie ! Lorsque notre sexe, notre ventre, notre cœur et notre conscience,  en leurs grades et qualités, sont à l’ordre selon cet axe vertical. Cet instant est le seul, l’unique, le vrai. Il n’y en aura pas d’autre, il n’y en a jamais eu d’autre, il n’y en a pas d’autre.

 

Ces mots, vécus et écrits en deux saisons, le printemps et l’été, parlent de la cinquième saison ; celle-ci est la saison où l’on se lève en portant sur le monde et sur l’âme-soeur  qui s’éveille dans ce corps allongé à notre coté ce regard étonné et émerveillé que l’enfant porterait comme si chaque matin était le premier matin et faire cela en sachant , en adulte, que tous les matins du monde sont sans retour, c’est-à-dire

vouloir vivre ce jour dans l’intensité du bonheur partagé et accéder ainsi à la joie d’être.

 

Maintenant que ce temps horizontal de deux saisons n’est plus et que la cinquième n’est pas encore advenue, il est temps de rejoindre mes sœurs et frères en poésie, ces adeptes de l’alchimie radicale qui ouvre au rayonnement de la Vie, cette tribu d’histrions, de saltimbanques, de faiseurs de rêves avec du vent qui , ne possédant rien que leur générosité , la partage en allumant des soleils au cœur de la nuit , en inventant des printemps au cœur de l’automne, en transformant les rêves en réalité pour le seul plaisir de voir s’écarquiller de joie les yeux de celles et ceux qui ont su garder leur regard et leur rire enfantins, eux qui trouvent normal et naturel de rencontrer des fées au coin des trottoirs et des chevaliers au comptoir.  

Ayant l’âge du sable de la mer et du vent du désert, il nous faut donc reprendre notre bâton et pérégriner , abandonnant quelques parcelles de nous-mêmes à chaque halte , mais laissant à chaque fois un peu de clarté , un peu de chaleur, un peu de force à tous les hôtes qui auront su, avec gentillesse,  nous offrir le pain , le feu et le sel…

Nous qui suivons «  la voie du cœur », nous savons que seuls l’intelligence sensible et l’Amour peuvent développer l’Être et sauver le monde. Nous qui sommes dans le monde sans lui appartenir, au fond de nous s’élève le souffle d’une Vie dont la puissance balaiera la mort ou du moins sa poussière insignifiante sous laquelle s’ensevelissent trop d’existences. «  L’œil est le soleil du corps comme le cœur est le soleil de l’esprit ».

 

Apprenti –menuisier, rabotant les mots à la varlope de mon stylo en espérant ne pas les radoter, j’ai  tenté de réincarner cette Parole vibrante et vivante, comme l’or pur dans le creuset des cœurs  et  dans l’espace-temps sacré de la poésie.

Artisan-scribouilleur, j’ai tenté dans ces pages de resituer la verticalité par rapport à l’horizontalité, de remettre la transcendance de l’Amour et de la Vie d’aplomb et d’équerre avec l’immanence  d’un quotidien de survie afin de ré-enchanter « un peu » le monde. Humilité orgueilleuse mais humilité tout de même.

 

Retrouvons-nous au camp du rendez-vous, dans la clairière de l’Etre .A toujours, à jamais, à tout de suite…

JV

 

                                                                  

                                                                                                                      

 

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  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
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