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La vie poétique ne connaît pas de définition horizontale. La vie poétique c’est le Lien vertical. On ne pense pas le lien par tronçons. Penser la vie poétique ce n’est pas tracer un plan de cadastre. Penser la vie poétique, c’est construire une cathédrale.

 

Pour cela, il faudrait pouvoir penser sans infliger au monde la brutalité du concept. Il faudrait pouvoir s’affranchir de la pulsion mortifère de l’analyse. Il faudrait savoir raison garder lorsqu’on raisonne. Il faudrait avoir la force d’être humble. Il faudrait par la pensée caresser le monde.

 

Il faudrait déployer une pensée poétique...

 

Retrouver la source vive et profonde de l’intuition, et s’élever en spirale, en repassant sur ses pas, vers l’étoile de l’Idée, qui est son reflet céleste. Tourner en allant toujours au plus près de l’axe qui tombe de l’étoile vers la source, qui jaillit de la source vers l’étoile. Entre l’astre et la source, il y a la clef de voûte que l’axe traverse. C’est de cette clef de voûte qu’il faut partir en quête. Elle est le centre de l’Union, le prisme qui justifie l’infinie constellation des images, des rêves et des idées.

 

 Embrasser le terreau où l’arbre puise ses racines et contempler l’astre qui attire à lui ses branches.

  

Circonvolutions premières

Image

 

Au repli le plus profond de l’enfance, là sont les images. Côtes lointaines sous la lumière des rêves, Lunes magiques des villes d’Orient, archipels découpés sur le bleu des cartes, faubourgs crépusculaires, jardins suspendus, ambre poudreuse des muséums, phares lointains, cités accrochées au ciel… Les images n’entrent pas dans l’œil de l’enfant, c’est l’enfant qui entre dans les images par son œil. Dans le silence des contes, au fond des livres d’images et des timbres postes sont cachées les portes d’un ailleurs, d’un autrement dont on ne reviendra jamais vraiment. Les images visitées dans la secrète solitude de l’enfance projettent leurs reflets sur le monde enchanté avant que la société des hommes ne donne aux choses leurs contours, avant qu’elles ne cessent de s’unir dans l’arrière fond des rêves.

 

Mais de cette préhistoire fortunée, rien ne disparaît tout à fait. Le ciel entre les cimes des villes, les beautés sans nombre qui affleurent, toutes les offrandes du hasard nous rappellent aux images primordiales. Ainsi, la joie primitive découle de la vis à vis du miroir du monde et du miroir de l’imaginaire. Se faisant face, ils ouvrent sur l’infini. C’est ainsi que l’on apprend à chérir l’instant, à choyer la beauté éphémère des choses minuscules. A jouir de ce que porte la vie.

 

Avoir l’œil rugueux, refuser que les choses soient lisses, se laisser emporter par une gravure ancienne qui vous appelle à travers une vitrine obscure, déceler un bas-relief intriguant, se frotter à l’ombre des rues. Une mélodie opportune s’élève, une toile vous appelle. Déjà, on apprend à reconnaître, à re-connaître. C’est par le lien des beautés qui nous appellent singulièrement que l’on se lie d’amitié avec le monde. Il vous soustraie aux cheminements routiniers, nous apprend à vivre aux confins de la triviale réalité et de l’univers des rêves, à déceler la vie secrète des choses, le mouvement des matières immobiles.

 

Telles sont les premières circonvolutions de l’existence poétique, l’intuition d’un enchantement, les prémices de l’Illumination mystique. A la différence des lumières orgueilleuses de la modernité négociante, l’Illumination du poète est un lien qui unit les profondeurs obscures de l’impensé où les limons oniriques et sensuels se déposent et la Lumière de l’arrière monde dont la conscience viendra bientôt.

 

Circonvolutions médianes

Image - Harmonie

 

Et pourtant la vie poétique n’est pas un cheminement solitaire. Nous ne sommes pas seuls dans la ronde des hasards objectifs, des rendez-vous enchantés qu’on apprend à accueillir avec naturel sans céder à la facilité d’y voir une nécessité du destin, sans se réconforter dans l’idée que tout cela n’est qu’une projection d’un reliquat primitif. Nous rencontrerons bientôt d’autres, nos frères et sœurs  en poésie, sur les sentiers invisibles, sur les routes parallèles de l’Illumination. Ce sont les pèlerins d’Orient, dont nous rejoignons le cortège, leurs rêves infiniment singuliers baignent dans la même lumière et ensemble ils vaguent vers sa source unique.

 

Nous la verrons scintiller dans leurs yeux et c’est alors que commencera la merveilleuse danse de la re-connaissance. Il arrive ainsi qu’un être se détache de la foule et qu’on se découvre avec lui l’évidence d’un monde commun vers lequel convergent nos images primordiales dérivées en lectures, en peintures, en musiques. On saura bientôt dompter la belle évidence de fraternité en se livrant aux attouchements spirituels. On saura déployer les images, se recommander d’un autre frère en poésie, se comprendre à demi-mots par dessus la foule des profanes. 

 

Certains seront bientôt rendus à l’ombre, simples caisses de résonnances de mélodies qui les dépassent, d’autres chemineront un moment avec nous et les imaginaires communiqueront les uns sur les autres. Et l’on rêve ensemble, les rêves communiquent, se mêlent, se fécondent, entre les deux consciences illuminées, infiniment singulières et impénétrables mais à jamais transformées par la rencontre, unie dans leur altérité suprême par les liens invisibles de l’harmonie fraternelle. C’est ensemble et séparés que nous jouirons du monde.

 

Et c’est ainsi, qu’en se superposant à elle, la strate de l’harmonie fraternelle s’unit à la strate de l’image pour ouvrir sur les beautés de l’analogie et la joyeuse évidence des correspondances. On continue à caresser le monde des signes et des détails révélateurs mais on le fait dorénavant en initié.. Dans les poèmes, dans les livres, le blanc des lettres devient vertigineux, les symboles affleurent de la musique et des toiles et l’appel du chœur éternel des Pères fraternels se fait entendre, nous enjoint de le rejoindre et d’unir notre voix à la sienne

 

Telles sont les circonvolutions médianes de la vie poétique, quand dans le regard tendus vers le visage du Frère ou de la sœur, vers les yeux du Maître les images prennent force et cohérence.

 

Circonvolutions ultimes

Image - Harmonie - Rythme

 

Les images ont pris sens par l’harmonie de la communion fraternelle. Déjà nous savons que cette union d’ici et le maintenant prend racine dans l’éternité, déjà nous pressentons le mensonge du temps linéaire. Nous comprenons que la source lumineuse se trouve dans un au-delà du temps quotidien. Le chœur des Pères fraternels nous fait entrevoir des lueurs d’éternité par delà le vulgaire de la vie courante. Le Lien qui nous unit à eux nous en libère. Nous allons maintenant comprendre qu’il est l’axe des temps cycliques. C’est le temps de l’Initiation qui est celui de la Transmission.

 

La Tradition nous apparaît maintenant comme le Lien, comme l’Axe de la Vie poétique, celui qui la maintien à travers les siècles barbares. Nous fûmes initiés, nous savons reconnaître nos frères et nos sœurs , à nous maintenant de transmettre la connaissance Une et Unique. Nous maintenons la tradition à travers les images primordiales de l’enfance et la mécanique sacrée des rituels. Tout alors est lié, la vie poétique est Une. Tout ce qui est lu, vu, pensé rejoint la cathédrale de l’existence. Nous façonnons nos vies à la manière d’un artisan en l’arrachant  aux industriels de l’existence formatée.

 

Alors nous découvrons les beautés des transformations organiques, des mouvements immobiles. Nous nous libérons peu à peu des catégories mortifères de l’analyse. Le monde est Un, notre existence est Une et c’est en cela qu’ils sont poétiques. Nous apprenons maintenant que l’Orient des images et des rêves, celui d’où vient la Lumière n’est point géographique mais qu’il est au dessus et en deçà de nous-mêmes. L’Orient, c’est le monde avant l’orgueil des négociants, ce sont les pousses végétales qui continuent de croître sous la chape bétonnée de la modernité, ce sont les braises sous la cendre des temples.

 

Nous nous éveillons aux cycles naturels, à la course des astres et nous unissons à elle les grandeurs minuscules qui enchantaient nos premiers âges. Le faisceau merveilleux des correspondances parviendra bientôt à unir dans un même mouvement poétique la beauté grandiose de l’univers en mouvement à la magie de l’éphémère mondain qui l’implique toute entière et ouvre sur l’instant universel.

SIMON DELAMBRE

 

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