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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 07:52

Israël Zangwill

Enfants du ghetto.

Traduit par Marie-Brunette Spire

Editions Les belles lettres

Isbn : 978-2- 251- 44415-4

Prix : 29E

 

Il aura fallu cent-vingt ans pour que l’ouvrage Children of the Ghetto  qui, en son temps fut un véritable best-seller, soit intégralement traduit en français …Ressurgisse de ces pages toute une série de personnages hauts en couleurs, pittoresques dans cette truculente et émouvante comédie humaine qu’est Enfants du Ghetto. Toutes les figures de ce que l’on peut appeler le folklore juif, le schad’en (le marieur), le schlemilh (le pauvre type), le badh’an (le bouffon) jouent leur rôle dans cette tragi-comédie. Zangwill donne libre cours à son goût du réalisme et de la couleur locale et  il est sans pareil pour camper la foule bigarrée d’un marché, saisir au vol les dialogues en yiddish mâtiné d’un anglais phonétique approximatif, croquer des personnages en quelques coups caricaturaux de plume, maniant tour à tour  la farce, l’insolence et la cocasserie. Zangwill nous invite, a écrit André Spire,  à découvrir «  un peuple dont l’optimisme incurable recouvre toute la poétique tristesse », « doué d’un don indestructible pour le pittoresque », jeté au « sein d’une civilisation sans couleur »  C’est déjà là une lecture qui enchante tant Zangwill manie sa plume avec une maîtrise, faîte de tendresse et de verve, tant le livre est foisonnant de personnages , ressortis vivants d’un passé révolu , et Zangwill est un merveilleux conteur, se faisant tout à tour humoriste et moraliste  ;  mais Enfants du Ghetto n’est pas seulement un roman picaresque et drôle sur une communauté immigrée à une époque donnée . Il est certes un roman historique mais surtout sociologique décrivant la difficile intégration, sans qu’il soit assimilé, d’un peuple singulier dans une société dont il ne connait pas les codes et les usages ;  un peuple partagé entre deux désirs, celui d’être reconnu comme anglais et celui d’être fidèle à des valeurs, un mode de vie, une civilisation dont il est issu, une communauté qui, tout en voulant adhérer à la modernité et se promouvoir dans la société ne veut pas abandonner ce qui, en dernier recours, fonde son identité, c’est-à-dire un certain rapport à la langue, à la religion, aux traditions. Quelques soixante dix ans plus tard, en France, Roger Ikor traitera de ce même sujet sur la même communauté dans Les eaux mêlées sans atteindre la force et la puissance de Zangwill. Zangwill, lui, a su donner à son texte une dimension intemporelle tant les questions qu’ils soulèvent sont d’actualité et universelle à une époque de mondialisation où nombre de nos contemporains, en perte d’héritage culturel, sont en quête de racines, plus ou moins mythifiées. C’est bien ce caractère intemporel et universel du roman de Zangwill qui fait que,  cent vint ans après sa première parution, Enfants du ghetto est un roman toujours d’actualité tant la question des  « appartenances » multiples taraudent nos sociétés. Il est vrai que c’est à lui que l’on doit l’expression Melting Pot,  titre de l’une de ses pièces de théatre écrite en mille neuf cent huit…

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Published by Jacques Viallebesset - dans chroniques d'AJL
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