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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 09:45

La vieille Marie contait et contait,

Assise dos rond près de sa fenêtre,

Il pleuvait sur Goure et l'oiseau du hêtre

En ça du verger plein d'ombre chantait ...

Les crimes des bois et ceux des domaines,

Et toutes les peurs, et tous les secrets,

Ceux des pierres-fées et ceux des fontaines,

Les farces du bal et des cabarets...

La cloche d'Ambert battait sur les chênes,

La vielle tintait aux près du Chambon...

Vide la chopine et taille aux jambon!

La boule en volant fait voler les quilles.

Ces bourrées les soirs pour les jolies filles,

Ces noces, trois jours à boire et manger!

Les fêtes, les morts, les vies, tant à dire.

Ceux-là qui s'aimaient, ceux-là qui partirent,

Et tant à songer, et tant à songer.

 

La vieille Marie contait et contait...

Quand le temps est bas, que les bois des ramps

Houlent à long bruit, sur le Mont-Raudet,

Tends le rideau rouge, allume la lampe,

Et serrez-vous tous devant les landiers,

Il va reneiger cette nuit sans faute:

Ces montagnes sont si sombres, si hautes,

Et les chaumes gris si seuls à mi-côte,

Comme dans le temps, temps des margandiers...

Mais ici le feu peint d'or un visage;

Entre le lit-coffre et l'horloge à poids,

Une ombre qui bouge aux cloisons de bois

Semble revenir de ces anciens âges.

Maintenant le coeur bat étrangement,

Parti dans le vent derrière ces dires,

D'amitié, de peur, d'un autre tourment,

Et pour n'y céder, alors, il faut rire.

 

La vieille Marie contait et contait...

Tout revient en tête, ainsi que c'était;

- Pour le nom d'un bourg, toute cette Auvergne, -

Et le feu grondait, et le vent chantait...

Il me semble ouïr au pré sous le vergne

Crier Béquebois le père pivert

Qui vole en plongeant s'aggripper à l'aube,

Et sentir un goût amèrement vert

De menthe et de terre aux pâtis d'automne.

Alors, où la tour fait face au levant,

Dans le val perdu sous les branches d'ombre,

Je vois se former au fond de ce vent

Un visage clair et de beaux yeux sombres...

Et comme l'oeil suit à bout d'horizon

Quelque songe errant aux nues entrainées,

Le coeur va chercher, loin dans les années,

Sur le vieux pays sa grande chanson.

 

Henri Pourrat. Gaspard des montagnes

 

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Published by Jacques Viallebesset - dans Sur la route de Gaspard
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  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
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